Biographie

 

Marc-Édouard Nabe, de son vrai nom Alain Zannini, est né le 27 décembre 1958 à Marseille, au retour de ses parents de New York où ils ont vécu quatre ans et où il a été conçu.
D’origine gréco-turco-italienne par son père et corse par sa mère, Alain est baptisé catholique le 8 février 1959 à Notre-Dame-du-Mont sur l'ordre de sa grand-mère orthodoxe. A l'âge de quatre ans, le fils unique est séparé de sa mère, tombée malade, et de son père, qui poursuit son activité de musicien de jazz, et est placé plusieurs mois dans un établissement pour enfants de tuberculeux à l'isolement. Retrouvant ses parents dans le quartier du "Racati" de Marseille, il est élevé dans une école d'application communiste. Il étudie le piano au Conservatoire, mais son goût pour le dessin semble le destiner plutôt à une carrière de peintre et de dessinateur. Il fait des voyages et des croisières où l'orchestre de son père est engagé: aux sports d'hiver et en Afrique notamment.

En 1970, la famille s’installe à Paris au moment de la sortie du tube Tu veux ou tu veux pas, qui rend son père Marcel Zanini célèbre. Dès sa jeunesse, « Nabe », comme l’appellent ses camarades de lycée à cause de sa petite taille (nabot), côtoie de grands musiciens de jazz, mais aussi des artistes de music-hall, et les dessinateurs Siné, Fred, Gir… À quinze ans et demi, il va frapper à la porte d’Hara-Kiri et est accueilli par Wolinski, Choron et Gébé qui publient ses premiers dessins en couleurs dans les numéros de 1974-1975. Le 23 janvier 1975, un de ses dessins fait la une de Libération.

C’est sur l’insistance de son père qu’il n’abandonne pas la musique et se met au trombone, à la batterie et finalement à la guitare rythmique dans le sillage de Freddie Green et avec ses encouragements. Après trois mois de pratique, Nabe participe aux côtés de Sam Woodyard et de Milt Buckner à l'enregistrement d'un disque de son père, où il joue dans un morceau.

C’est pendant son service militaire à Charleville-Mézières (1979-1980), à l’issue duquel il rencontre Hélène, qu’il rédige son premier livre. Après cinq ans d’atermoiements de la part de différents éditeurs, y compris Gérard Bourgadier et Philippe Sollers chez Denoël, Au régal des vermines est enfin publié le 25 janvier 1985 chez Bernard Barrault sous son surnom « Nabe » complété par ses deux autres prénoms, Marc et Édouard. L’émission Apostrophes de Bernard Pivot où il passe le 15 février 1985 pour le présenter provoque un véritable scandale. Georges-Marc Benamou vient dans le studio le frapper de plusieurs coups de poing, lui déchirant la rétine de l’œil gauche. La Licra lui intente, ainsi qu’à son éditeur, un procès pour « diffamation et incitation à la haine raciale » (elle sera déboutée en 1989). Nabe est alors considéré comme un antisémite et un écrivain d’extrême droite.

En 1986, sans se laisser abattre, il publie, toujours chez Barrault, son deuxième livre, Zigzags, un recueil de textes de divers genres (essais, nouvelles, poèmes en prose...), puis la même année chez Denoël un livre sur le jazz (L'Âme de Billie Holiday), et au Dilettante un recueil d'aphorismes (Chacun mes goûts). Tout en écrivant régulièrement dans la revue L’Infini, il travaille à son premier roman, Le Bonheur, qui paraîtra en 1988 chez Denoël. Il publie en 1989 au Dilettante La Marseillaise, texte sur le saxophoniste de free jazz Albert Ayler.

À cette même époque, il participe à l’hebdomadaire de Jean-Edern Hallier L’Idiot international. Il y attaque avec violence des personnalités comme Élisabeth Badinter, Serge Gainsbourg ou l'abbé Pierre. Ce dernier texte en particulier crée un tollé jusqu'au sein de la rédaction de L'Idiot : Hallier soutient Nabe contre sa propre équipe et publie un texte de défense de l'article dans le numéro suivant. En février 1990, sa dernière collaboration à ce journal est « Rideau », pamphlet sur l'univers médiatique.

C’est en 1991 que Nabe’s Dream, le premier tome de son journal intime tenu depuis 1983, paraît aux éditions du Rocher à l’initiative de Jean-Paul Bertrand, son directeur, qui entame avec Nabe une relation durable en le mensualisant pour qu’il puisse continuer son travail d’écriture. Il vit à cette époque au 103, rue de la Convention, adresse que rejoindra bientôt Michel Houellebecq alors inconnu.

Parallèlement, en 1992, il publie à « L’Infini », Gallimard, le récit de son séjour de 1988 en Turquie en quête de ses racines, Visage de Turc en pleurs, et, au Rocher, L'Âge du Christ, qui relate son voyage à Jérusalem l’année précédente, où il est allé faire sa première communion. En cette même année, deux autres livres encore : Rideau et Petits Riens sur presque tout.

Le deuxième tome de son journal, Tohu-Bohu, paraît en 1993. Ainsi qu’au Dilettante Nuage sur Django Reinhardt. En 1995, il publie chez Gallimard un roman sur la femme de Céline, Lucette, puis, au Rocher, une longue préface au Théâtre choisi d’Henry Bernstein. En 1996, sort le troisième tome de son journal, Inch’ Allah.

En 1998, Nabe écrit un roman sur le suicide, Je suis mort (« L’Infini », Gallimard). La même année et l’année suivante paraissent successivement deux recueils de tous ses articles dans diverses revues (Oui et Non), un autre de contes (K.-O. et autres contes) illustrés par Vuillemin, un autre encore de poésies (Loin des fleurs) et un dernier d' interviews (Coups d'épée dans l'eau).

En 2000, c’est la publication du quatrième et dernier tome de son journal intime, Kamikaze, qui s’achève par la naissance de son fils Alexandre en 1990.

En septembre 2000, il part « finir le millénaire » à Patmos en Grèce, l’île où saint Jean écrivit l’Apocalypse, et y reste sept mois en exil pour écrire un roman sur l’identité. Il quittera l’île le 7 avril 2001, après avoir brûlé les cahiers de son journal intime inédit recouvrant les années 1990-2000.

De retour à Paris, il assiste aux attentats du 11 septembre 2001 qui lui inspirent un pamphlet intitulé Une lueur d'espoir, publié en novembre 2001 au Rocher, et qui à ce jour constitue son plus grand succès de vente malgré une nouvelle réputation qui ne cessera d’enfler, celle d’un Nabe d’extrême gauche pro-islamiste et pro-terroriste.

Un premier site Internet est lancé par Frédéric Vignale, mais le webmaster le laissera mourir moins d’un an après.

En 2002 sort au Rocher (après 19 refus de la part des principales maisons d’édition parisiennes) son roman écrit à Patmos, Alain Zannini, que l’Académie Goncourt, pour contourner le boycott des critiques, inscrit aussitôt sur sa première liste à l’initiative d’Edmonde Charles-Roux.

En mars 2003, il part pour l’Irak assister aux bombardements américains sur Bagdad et entame un travail d’écriture en direct des événements contemporains. Il en rapportera le roman Printemps de feu, sorti au Rocher dès septembre 2003. Il crée sur sa lancée un journal distribué en kiosque, La Vérité, co-dirigé par Anne-Sophie Benoit avec des dessins de Vuillemin, et pour lequel le « terroriste » emprisonné Carlos écrit des éditoriaux depuis sa cellule. La Vérité est interrompue au quatrième numéro par un procès intenté et gagné par le trotskyste M. Lambert. Nabe finit l'année au Liban et en Syrie où il s'était déjà rendu précédemment.

En 2004, un deuxième site Internet est lancé par un autre webmaster plus assidu, qui le maintiendra actif cinq ans. Nabe publie son dernier livre aux éditions du Rocher, J’enfonce le clou, recueil des articles publiés dans La Vérité augmenté d’inédits.

En 2005, Jean-Paul Bertrand vend les éditions du Rocher au pharmacien toulousain Pierre Fabre qui met fin aux mensualités de Nabe. Se retrouvant du jour au lendemain sans ressource et sans éditeur, Nabe intente un procès aux nouveaux propriétaires du Rocher.

Cassé dans son rythme de publication (un livre nouveau par an en moyenne), Nabe se contente alors de rééditions. En 2006, Dominique Gaultier, du Dilettante, lui réédite son premier livre Au régal des vermines que l’auteur agrémente d’une préface, « Le vingt-septième livre », et Léo Scheer compose avec Angie David un volume de ses Morceaux choisis. En 2007, Denis Tillinac reprend L’Âme de Billie Holiday dans la collection « La Petite Vermillon » à La Table ronde, ce qui en fait le seul livre de Nabe en poche.

En attendant l’issue du procès, Nabe s'exprime sur des sujets d'actualité à travers des tracts imprimés, distribués gratuitement dans les rues ou affichés sur les murs de différentes villes, et repris sur bon nombre de sites et de blogs. L'équipe qui compose, imprime et diffuse les tracts demeure anonyme.

Fin 2006, il va au Sénégal donner une conférence sur Impressions d'Afrique de Raymond Roussel dans une école de Dakar, à Pikine.

En 2007, il organise une exposition d’une cinquantaine de portraits d’écrivains et de jazzmen (28 tableaux vendus). A la fin de l'année, il va en Mauritanie, et prend position dans la presse locale pour l'annulation du rallye Paris-Dakar.

Fin 2008, le procès contre Le Rocher est gagné : Nabe récupère les droits de tous ses livres édités par la maison entre 1991 et 2004, soit 16 titres et la préface au théâtre d’Henry Bernstein. Avec les deux titres chez Barrault, un Gallimard et deux Denoël, le nombre de livres lui appartenant se monte ainsi à 22.

Décidé à ne plus revenir dans le système éditorial, il publie symboliquement en janvier 2009 au Dilettante un dernier livre en édition « conventionnelle », Le Vingt-Septième Livre, qui n’est autre, en plaquette séparée, que la préface de 2006 à la réédition du Régal des vermines. Désormais, sur la lancée de ses tracts, Nabe annonce qu’il « publiera » lui-même ses futurs livres, et qu’il rééditera les anciens dont les droits lui appartiennent. Une deuxième exposition de ses peintures sur l’Orient se tient à l’office du tourisme du Liban du 5 mars au 4 avril (31 tableaux vendus).

Deux nouveaux sites s’ouvrent alors.
Le premier, alainzannini.com, animé par une équipe d’une vingtaine de « passionnés hors du système éditorialo-journalistique », est riche de documents et réactualisé en permanence.
Le second, marcedouardnabe.com, est une simple plateforme de mise en vente de ses livres sur Internet, dont les stocks lui ont été restitués par décision de justice, loin du circuit éditeur-diffuseur-libraire. Le lancement de ce site enjanvier 2010 est marqué par la parution du nouveau roman de 700 pages de Marc-Édouard Nabe, L'Homme qui arrêta d'écrire, écrit dans le secret depuis quatre ans, tiré à 1000 exemplaires et publié par ses soins.
Un mois après, le premier tirage est épuisé. Un deuxième tirage de 3000 exemplaires suit immédiatement.
Le 15 avril 2010, un évènement unique est organisé pour célebrer le 3000e livre vendu en trois mois : pour la première fois, un écrivain invite tous ses lecteurs lors d'une soirée de rencontre. Un troisième tirage de 4000 exemplaires rend à nouveau le livre disponible au début du mois de juin. Toujours sur Internet, mais aussi dans quelques points de vente parisiens qui ne sont pas des librairies : un boucher, un fleuriste, une pharmacie, un coiffeur, trois bars-restaurants et une boutique de vêtements féminins vendent ainsi le roman dont bientôt 6000 exemplaires seront écoulés.

Après un été passé au Maroc (sur les traces de Jean Genet) et en Sicile (sur celles de Pirandello), Nabe assiste à l'ahurissant matraquage journalistique pour la remise programmée du prix Goncourt 2010 à son ex-voisin Michel Houellebecq. Aucun autre livre n'existe en cette rentrée sauf... L' Homme qui arrêta d'écrire placé, à la surprise générale, par Franz-Olivier Giesbert sur les deux dernières listes du prix Renaudot. C'est la première fois qu'un livre auto-édité est en lice. Les retombées médiatiques sont énormes et le roman de Nabe arrive en finale. Le duo Houellebecq-Goncourt / Nabe-Renaudot se précise jusqu'au matin du 8 novembre. Malgré les soutiens de F.-O. Giesbert, de Patrick Besson et de J-M-G Le Clézio (Prix Nobel) qui a voté 11 fois pour Nabe, le Prix Renaudot lui échappe à une voix près et est décerné à Virginie Despentes (Grasset).

Une "cataracte galopante", rare à 51 ans, lui est diagnostiquée. Opéré des deux yeux en décembre 2010 et janvier 2011, lui qui portait des lunettes de myope depuis l'âge de cinq ans, n'en porte plus et (re)découvre le monde.

Nabe passe le mois d'avril 2011 en Tunisie pour comprendre sur le terrain les révolutions arabes.
En mai, Marc-Edouard Nabe devient également le nom d'une société : la "SARL Marc-Edouard Nabe" qui vend ses propres livres.
Le 7 octobre est mis en vente son nouveau livre : L'Enculé, le premier roman sur l'Affaire Strauss-Kahn. Le premier tirage de 2000 exemplaires est épuisé en un mois. Un deuxième tirage (4000 ex.) est disponible le 17 novembre, mais malgré un lancement sous forme d'une dénonciation spectaculaire de Marc Weitzmann dans Le Monde des Livres, les ventes se tassent. Par peur des procès (qui n'arriveront pas), les principaux alliés médiatiques de Nabe (Taddeï, Ardisson, Dupuis...) se défilent. Seul Eric Naulleau invite Nabe à la télévision.

En 2012, la polémique reprend fort. D'abord par une conférence, interdite par la municipalité, que Nabe donne le 2 mars à Lille avec Tariq Ramadan sur les révoltes arabes. Ensuite par une vidéo sur le site Oumma.com (26 mars) où Nabe déclare la guerre aux "complotistes" qui le couvrent d'injures sur Internet parce qu'il récuse la version d'un 11-Septembre fomenté et exécuté par les Américains eux-mêmes. Dix ans après avoir écrit une Lueur d'espoir, et à cause d'une campagne de calomnies principalement alimentée par Alain Soral, Nabe est considéré soudain comme un "agent de l'Empire américano-sioniste", et dénoncé comme "ennemi des musulmans" par des "Beurs" adeptes de la théorie du complot et plus ou moins séduits par l'extrême-droite.

Le 21 mai 2012, ressort Au Régal des vermines, première réédition de l'anti-édition. Tiré à 5000 exemplaires.

Le 30 août 2012, Lucette ressort chez Folio (mais le copyright est à Nabe, Gallimard lui ayant rendu les droits du livre). Ce premier Folio est publié à l'occasion du centenaire de Lucette Destouches. 

Ayant pris connaissance, à l'automne 2013, de la série de vidéos insultantes contre Philippe Sollers dont deux épisodes sont consacrés à Marc-Edouard Nabe et dans lesquels sa famille (père, mère, fils, etc.) sont diffamés à l'aide d'images d'archives volées et commentées par le vidéaste, Nabe écrit et publie pour L'Infini n°126, la revue de Philippe Sollers, la suite du portrait « Mon meilleur ami » paru à l'été 2000, sous la forme d'un roman de 33 pages intitulé : « L'Eunuque Raide ». Les réactions ne se font pas attendre : Jérôme Dupuis salue dans L'Express la « surprise » du retour de Nabe dans L'Infini, et un Tumblr est consacré à l'Eunuque raide.

 

Bibliographie :

 
Au régal des vermines, 1985 © Marc-Édouard Nabe
Zigzags, 1986 © Marc-Édouard Nabe
Chacun mes goûts, 1986 Le Dilettante
L'Âme de Billie Holiday, 1986 © Marc-Édouard Nabe
Le Bonheur, 1988 © Marc-Édouard Nabe
La Marseillaise, 1989 Le Dilettante
Nabe's Dream, 1991 © Marc-Édouard Nabe
Rideau, 1992 © Marc-Édouard Nabe
L'Âge du Christ, 1992 © Marc-Édouard Nabe
Petits Riens sur presque tout, 1992 © Marc-Édouard Nabe
Visage de Turc en pleurs, 1992 © Marc-Édouard Nabe
Tohu-Bohu, 1993 © Marc-Édouard Nabe
Nuage, 1993 Le Dilettante
Lucette, 1995 © Marc-Édouard Nabe
Inch'Allah, 1996 © Marc-Édouard Nabe
Je suis mort, 1998 © Marc-Édouard Nabe
Oui, 1998 © Marc-Édouard Nabe
Non, 1998 © Marc-Édouard Nabe
Loin des fleurs, 1998 Le Dilettante
K.-O. et autres contes, 1999 © Marc-Édouard Nabe
Coups d'épée dans l'eau, 1999 © Marc-Édouard Nabe
Kamikaze, 2000 © Marc-Édouard Nabe
Une lueur d'espoir, 2001 © Marc-Édouard Nabe
Alain Zannini, 2002 © Marc-Édouard Nabe
Printemps de feu, 2003 © Marc-Édouard Nabe
J'enfonce le clou, 2004 © Marc-Édouard Nabe
Le Vingt-Septième Livre, 2009 Le Dilettante
L'Homme qui arrêta d'écrire, 2010 © Marc-Édouard Nabe
L'Enculé, 2011 © Marc-Édouard Nabe
 

Sur Nabe :

 
L'affaire Zannini, 2003 © Marc-Édouard Nabe
Morceaux Choisis, 2006 Léo Scheer