Biographie

 

Marc-Édouard Nabe, de son vrai nom Alain Zannini, est né le 27 décembre 1958 à Marseille, au retour de ses parents de New York où ils ont vécu quatre ans et où il a été conçu.
D’origine gréco-turco-italienne par son père, Marcel, et corse par sa mère, Suzanne, Alain est baptisé catholique le 8 février 1959 à Notre-Dame-du-Mont sur l'ordre de sa grand-mère orthodoxe, Paraskevi. Du côté de sa mère, il est aussi l'arrière-petit neveu de Gustave Fayet, le mécène de Gauguin et d'Odilon Redon. A l'âge de quatre ans, le fils unique est séparé de sa mère, tombée malade, et de son père, qui poursuit son activité de musicien de jazz, et est placé plusieurs mois dans un établissement pour enfants de tuberculeux à l'isolement. Retrouvant ses parents dans le quartier du "Racati" de Marseille, il est élevé dans une école d'application communiste. Il étudie le piano au Conservatoire chez Pierre Barbizet, mais son goût pour le dessin semble le destiner plutôt à une vocation de peintre et de dessinateur qu'il ne cessera d'exercer envers et contre tout. Il fait des voyages et des croisières où l'orchestre de son père est engagé: aux sports d'hiver (Val d' Isère où il croise Jacques Brel et Achille Zavatta) et en Afrique (Dakar) où à 9 ans il assiste à un concert de Doudou n' Diaye Rose.

En 1970, la famille s’installe à Paris au moment de la sortie du tube Tu veux ou tu veux pas, qui rend son père Marcel Zanini célèbre. Dès sa jeunesse, « Nabe », comme l’appellent ses camarades de lycée à cause de sa petite taille (nabot), côtoie de grands musiciens de jazz, mais aussi des artistes de music-hall, et les dessinateurs Siné, Fred, Gir… À quinze ans et demi, il va frapper seul à la porte d’Hara-Kiri et est accueilli par Wolinski, Choron et Gébé qui publient ses premiers dessins en couleurs dans les numéros de 1974-1975. Une grande affection le liera particulièrement à Reiser et à Choron qu'il ira refréquenter une décennie plus tard. Le 23 janvier 1975, un de ses dessins fait la une de Libération.

C’est sur l’insistance de son père qu’il n’abandonne pas la musique et se met au trombone, à la batterie et finalement à la guitare rythmique dans le sillage de Freddie Green et avec les encouragements de celui-ci. Après trois mois de pratique, Nabe participe aux côtés de Sam Woodyard et de Milt Buckner à l'enregistrement d'un disque de son père, où il joue dans un morceau (Nabe's dream).

C’est pendant son service militaire à Charleville-Mézières (1979-1980), à l’issue duquel il rencontre Hélène Hottiaux, qu’il rédige son premier manuscrit.

Après cinq ans d’atermoiements de la part de différents éditeurs, y compris Gérard Bourgadier et Philippe Sollers chez Denoël, Au régal des vermines est enfin publié le 25 janvier 1985 chez Bernard Barrault sous son surnom « Nabe » complété par ses deux autres prénoms, Marc et Édouard. L’émission Apostrophes de Bernard Pivot où il passe le 15 février 1985 pour le présenter provoque un véritable scandale. Georges-Marc Benamou vient dans le studio le frapper de plusieurs coups de poing, lui déchirant la rétine de l’œil gauche. La Licra lui intente, ainsi qu’à son éditeur, un procès pour « diffamation et incitation à la haine raciale » (elle sera déboutée en 1989 grâce à l'avocat Maître Thierry Lévy). Nabe est alors considéré comme un antisémite et un écrivain d’extrême droite.

En 1986, sans se laisser abattre, il publie, toujours chez Barrault, son deuxième livre, Zigzags, un recueil de textes de divers genres (essais, nouvelles, poèmes en prose...), puis la même année chez Denoël un livre sur le jazz (L'Âme de Billie Holiday), et au Dilettante un recueil d'aphorismes (Chacun mes goûts). Tout en écrivant régulièrement dans la revue L’Infini, il travaille à son premier roman, Le Bonheur, qui paraîtra en 1988 chez Denoël. Il publie en 1989 au Dilettante La Marseillaise, texte sur le saxophoniste de free jazz Albert Ayler.

À cette même époque, il participe à l’hebdomadaire de Jean-Edern Hallier L’Idiot international. Il y attaque avec violence des personnalités comme Élisabeth Badinter, Serge Gainsbourg ou l'abbé Pierre. Ce dernier texte en particulier crée un tollé jusqu'au sein de la rédaction de L'Idiot : Hallier soutient Nabe contre sa propre équipe et publie un texte de défense de l'article dans le numéro suivant. En février 1990, sa dernière collaboration à ce journal est « Rideau », pamphlet sur l'univers médiatique.

C’est en 1991 que Nabe’s Dream, le premier tome de son journal intime tenu depuis 1983, paraît aux éditions du Rocher à l’initiative de Jean-Paul Bertrand, son directeur, qui entame avec Nabe une relation durable en le mensualisant pour qu’il puisse continuer son travail d’écriture. Il vit à cette époque au 103, rue de la Convention, adresse que rejoindra bientôt Michel Houellebecq alors inconnu.

Parallèlement, en 1992, il publie à « L’Infini », Gallimard, le récit de son séjour de 1988 en Turquie en quête de ses racines, Visage de Turc en pleurs, et, au Rocher, L'Âge du Christ, qui relate son voyage à Jérusalem l’année précédente, où il est allé faire sa première communion. En cette même année, deux autres livres encore : Rideau et Petits Riens sur presque tout.

Le deuxième tome de son journal, Tohu-Bohu, paraît en 1993. Ainsi qu’au Dilettante Nuage sur Django Reinhardt. En 1995, il publie chez Gallimard un roman sur la femme de Céline dont il est un proche, Lucette, puis, au Rocher, une longue préface au Théâtre choisi d’Henry Bernstein. En 1996, sort le troisième tome de son journal, Inch’ Allah.

En 1998, Nabe écrit un roman sur le suicide, Je suis mort (« L’Infini », Gallimard). La même année et l’année suivante paraissent successivement deux recueils de tous ses articles dans diverses revues (Oui et Non), un autre de contes (K.-O. et autres contes) illustrés par Vuillemin (avec lequel il avait déjà lancé un journal L'Eternité, deux numéros...), un autre encore de poésies (Loin des fleurs) et un dernier d' interviews (Coups d'épée dans l'eau).

Au printemps 2000, c’est la publication du quatrième et dernier tome de son journal intime, Kamikaze, qui s’achève par la naissance de son fils Alexandre en 1990. Une énorme polémique, dans le sillage de celle qu'a déclenché Renaud Camus par ses propos sur les Juifs dans son journal intime (inspiré par celui de Nabe), conduit l'auteur de Kamikaze à affronter une coalition d'anciens amis mécontents de ce qu'il a écrit sur eux, et l'accusant, une fois encore d'antisémitisme pour simplement essayer de réparer leur amour-propre blessé. Seul Philippe Sollers soutient Nabe en publiant dans L'Infini un texte terrible sur le même genre de renégat, et intitulé ironiquement : Mon meilleur ami.  

En septembre 2000, il part « finir le millénaire » à Patmos en Grèce, l’île où saint Jean écrivit l’Apocalypse, et y reste sept mois en exil pour écrire un roman sur l’identité. Il quittera l’île le 7 avril 2001, après avoir brûlé les cahiers de son journal intime inédit recouvrant les années 1990-2000 et dont la matière lui a servi pour nourrir son roman.

De retour à Paris, il assiste aux attentats du 11 septembre 2001 qui lui inspirent un pamphlet intitulé Une lueur d'espoir, publié en novembre 2001 au Rocher, et qui à ce jour constitue son plus grand succès de vente malgré une nouvelle réputation qui ne cessera d’enfler, celle d’un Nabe d’extrême gauche pro-islamiste et pro-terroriste.

Un premier site Internet est lancé par Frédéric Vignale, mais le webmaster le laissera mourir moins d’un an après. En 2002 sort au Rocher (après 19 refus de la part des principales maisons d’édition parisiennes) son roman écrit à Patmos, Alain Zannini, que l’Académie Goncourt, pour contourner le boycott des critiques et des libraires, inscrit aussitôt sur sa première liste à l’initiative d’Edmonde Charles-Roux.

En mars 2003, il part pour l’Irak assister aux bombardements américains sur Bagdad et entame un travail d’écriture en direct des événements contemporains. Il en rapportera le roman Printemps de feu, sorti au Rocher dès septembre 2003. Il crée sur sa lancée un journal distribué en kiosque, La Vérité, co-dirigé par Anne-Sophie Benoit avec des dessins de Vuillemin, et pour lequel le « terroriste » emprisonné Carlos écrit des éditoriaux depuis sa cellule. La Vérité est interrompue au quatrième numéro par un procès intenté et gagné par le trotskyste M. Lambert. Nabe finit l'année au Liban et en Syrie où il s'était déjà rendu précédemment.

En 2004, un deuxième site Internet est lancé par un autre webmaster plus assidu, qui le maintiendra actif cinq ans. Nabe publie son dernier livre aux éditions du Rocher, J’enfonce le clou, recueil des articles publiés dans La Vérité augmenté d’inédits.

En 2005, Jean-Paul Bertrand vend les éditions du Rocher au pharmacien toulousain Pierre Fabre qui met fin aux mensualités de Nabe. Se retrouvant du jour au lendemain sans ressource et sans éditeur, Nabe intente un procès aux nouveaux propriétaires du Rocher. Cassé dans son rythme de publication (un livre nouveau par an en moyenne), Nabe se contente alors de rééditions. En 2006, Dominique Gaultier, du Dilettante, lui réédite son premier livre Au régal des vermines que l’auteur agrémente d’une préface, « Le vingt-septième livre », et Léo Scheer compose avec Angie David un volume de ses Morceaux choisis. En 2007, Denis Tillinac reprend L’Âme de Billie Holiday dans la collection « La Petite Vermillon » à La Table ronde, ce qui en fait le premier livre de Nabe en poche.

En attendant l’issue du procès, Nabe s'exprime sur des sujets d'actualité à travers de longs textes sous forme de tracts (huit à ce jour), distribués gratuitement dans les rues ou affichés sur les murs de différentes villes, et repris sur bon nombre de sites et de blogs. L'équipe qui finance, compose, imprime et diffuse les tracts demeure anonyme.

Fin 2006, il va au Sénégal donner une conférence sur Impressions d'Afrique de Raymond Roussel dans une école de Dakar, à Pikine. En 2007, il organise à Paris une exposition d’une cinquantaine de portraits d’écrivains et de jazzmen (28 tableaux vendus). A la fin de l'année, il va en Mauritanie, et prend position dans la presse locale pour l'annulation du rallye Paris-Dakar.

Fin 2008, le procès contre Le Rocher est gagné par Maître Emmanuel Pierrat : Nabe récupère les droits de tous ses livres édités par la maison entre 1991 et 2004, soit 16 titres ainsi que la préface au théâtre d’Henry Bernstein. Avec les deux titres chez Barrault, un Gallimard et deux Denoël, le nombre de livres lui appartenant se monte ainsi à 22. Décidé à ne plus revenir dans le système éditorial, il publie symboliquement en janvier 2009 au Dilettante un dernier livre en édition « conventionnelle », Le Vingt-Septième Livre, qui n’est autre, en plaquette séparée, que la préface de 2006 à la réédition du Régal des vermines. Désormais, sur la lancée de ses tracts, Nabe annonce qu’il « publiera » lui-même ses futurs livres, et qu’il rééditera les anciens dont les droits lui appartiennent. Une deuxième exposition de ses peintures sur l’Orient se tient à l’office du tourisme du Liban à Paris du 5 mars au 4 avril (31 tableaux vendus).

Deux nouveaux sites s’ouvrent alors.
Le premier, alainzannini.com, animé par une équipe d’une vingtaine de « passionnés hors du système éditorialo-journalistique », est riche de documents et réactualisé en permanence.
Le second, marcedouardnabe.com, est une simple plateforme de mise en vente de ses livres sur Internet, dont les stocks lui ont été restitués par décision de justice, loin du circuit éditeur-diffuseur-libraire. Le lancement de ce site en janvier 2010 est marqué par la parution du nouveau roman de 700 pages de Marc-Édouard Nabe, L'Homme qui arrêta d'écrire, écrit dans le secret depuis cinq ans, tiré à 1000 exemplaires et publié par ses soins.
Un mois après, le premier tirage est épuisé. Un deuxième tirage de 3000 exemplaires suit immédiatement.
Le 15 avril 2010, un évènement unique est organisé pour célebrer le 3000e livre vendu en trois mois : pour la première fois, un écrivain invite tous ses lecteurs lors d'une soirée de rencontre. Un troisième tirage de 4000 exemplaires rend à nouveau le livre disponible au début du mois de juin. Toujours sur Internet, mais aussi dans quelques points de vente parisiens qui ne sont pas des librairies : un boucher, un fleuriste, une pharmacie, un coiffeur, trois bars-restaurants et une boutique de vêtements féminins vendent ainsi le roman dont bientôt 6000 exemplaires seront écoulés.

Après un été passé au Maroc (sur les traces de Jean Genet) et en Sicile (sur celles de Pirandello), Nabe assiste à l'ahurissant matraquage journalistique pour la remise programmée du prix Goncourt 2010 à son ex-voisin Michel Houellebecq. Aucun autre livre n'existe en cette rentrée sauf... L' Homme qui arrêta d'écrire placé, à la surprise générale, par Franz-Olivier Giesbert sur les deux dernières listes du prix Renaudot. C'est la première fois qu'un livre auto-édité est en lice. Les retombées médiatiques sont énormes et le roman de Nabe arrive en finale. Le duo Houellebecq-Goncourt / Nabe-Renaudot se précise jusqu'au matin du 8 novembre. Malgré les soutiens de F.-O. Giesbert, de Patrick Besson et de J-M-G Le Clézio (Prix Nobel) qui a voté 11 fois pour Nabe, le Prix Renaudot lui échappe à une voix près et est décerné à Virginie Despentes (Grasset).

Une "cataracte galopante", rare à 51 ans, lui est diagnostiquée. Opéré des deux yeux en décembre 2010 et janvier 2011, lui qui portait des lunettes depuis l'âge de cinq ans, n'en porte plus et (re)découvre le monde.

Nabe passe le mois d'avril 2011 en Tunisie pour comprendre sur le terrain les révolutions arabes.
En mai, Marc-Edouard Nabe devient également le nom d'une société : la "SARL Marc-Edouard Nabe" qui vend ses propres livres. Le 7 octobre est mis en vente son nouveau livre : L'Enculé, le premier roman sur l'Affaire Strauss-Kahn. Le premier tirage de 2000 exemplaires est épuisé en un mois. Un deuxième tirage (4000 ex.) est disponible le 17 novembre, mais malgré un lancement sous forme d'une dénonciation spectaculaire de Marc Weitzmann dans Le Monde des Livres, les ventes se tassent. Par peur des procès (qui n'arriveront pas), les principaux alliés médiatiques de Nabe (Taddeï, Ardisson, Dupuis...) se défilent. Seul Eric Naulleau invite Nabe à la télévision.

En 2012, la polémique reprend fort. D'abord par une conférence, interdite par la municipalité, que Nabe donne le 2 mars à Lille avec Tariq Ramadan sur les révoltes arabes. Ensuite par une vidéo sur le site Oumma.com (26 mars) où Nabe déclare la guerre aux "complotistes" qui le couvrent d'injures sur Internet parce qu'il récuse la version d'un 11-Septembre fomenté et exécuté par les Américains eux-mêmes. Dix ans après avoir écrit une Lueur d'espoir, et à cause d'une campagne de calomnies principalement alimentée par Alain Soral, Nabe est considéré soudain comme un "agent de l'Empire américano-sioniste", et dénoncé comme "ennemi des musulmans" par des "Beurs" adeptes de la théorie du complot et plus ou moins séduits par l'extrême-droite.

Le 21 mai 2012, ressort Au Régal des vermines, première réédition de l'anti-édition. Tiré à 5000 exemplaires.

Le 30 août 2012, Lucette ressort chez Folio (mais le copyright est à Nabe, Gallimard lui ayant rendu les droits du livre). Ce premier Folio est publié à l'occasion du centenaire de Lucette Destouches. 

Du 1er au 31 juillet 2013, nouvelle exposition de Nabe, à Aix-en-Provence (où il vit désormais), et dans une galerie qu'il loue à cet effet : 200 portraits d'artistes et d'hommes politiques, la plupart peints sur place (de Mozart à Che Guevara, de Chet Baker à Gandhi...). 3000 visiteurs viendront de toute la France. Un système de vente sur sa plateforme est installé aussi, et appelé "l'antiexposition", déclinant le concept d'antiédition. Résultat: 100 tableaux vendus en quatre semaines. L'indifférence de la bourgeoisie aixoise est telle qu'elle incite Nabe à écrire de sa main un panneau géant qu'il place dans la rue, puis devant la galerie, et libellé ainsi : " Tout Paris se fout de votre gueule, bande de ploucs ! Marc-Edouard Nabe expose en haut  du cours Mirabeau et vous ne le savez même pas ! " Des flyers sont également imprimés avec ce texte et distribués pendant le festival lyrique. Scandale dans la ville : menaces des "ploucs"; intervention de la police; ordres de la mairie. Nabe place alors le panneau, non sur la voie publique mais à l'intérieur de la galerie, très visible en vitrine. Re-scandale. Nabe maintient le panneau devenu, grâce à la vitre, une œuvre de l' exposition, et plus une publicité pour elle. Sans aller jusqu'au procès, le litige repose d'une façon nouvelle la question du statut d'œuvre d'art...

Dans la foulée, Nabe donne, en novembre 2013, une conférence au Musée Granet sur Marcel Duchamp organisée par Sébastien Cacioppo avec le performer Pierre Pinoncelli. Comme illustration de la vision de Nabe sur Duchamp, le fameux panneau incriminé l'été précédent est exhibé dans le musée pendant la conférence. Toujours au sujet de ce que déclenche la peinture de Nabe, il est à signaler l'autodafé auquel son ancien webmaster de 2005-2010 a procédé sur un tableau (un portrait grand format de Charlie Mingus) offert cinq ans plus tôt par le peintre à l'époque où ce personnage lui vouait une véritable dévotion. Le renégat (un de plus dans la vie de Nabe) a filmé la scène de la destruction de son tableau en prélude à une série de vidéos diffamatoires dont la diffusion durera plusieurs semaines sur internet.

Toujours en cet automne 2013, Nabe prend connaissance d'une autre série de vidéos insultantes, cette fois principalement contre Philippe Sollers et aussi contre lui-même, dans lesquelles la famille Zannini (père, mère, fils, etc.) sont diffamés à l'aide d'images d'archives volées, montées et commentées par un ex-écrivain devenu vidéaste qui n'a toujours pas digéré sa relation ratée avec les deux compères Sollers et Nabe dans les années 90. Nabe écrit et publie pour L'Infini n°126 un récit de 33 pages intitulé L'Eunuque Raide... C'est tout simplement  la suite exacte, 14 ans après! de Mon meilleur ami. Les réactions ne se font pas attendre : Jérôme Dupuis salue dans L'Express la « surprise » du retour de Nabe dans L'Infini, et un Tumblr est consacré à l'Eunuque raide.

En janvier 2014, revenu à Paris, en plein travail sur son livre contre le conspirationnisme (auquel il s'est attelé depuis déjà trois ans), et en guise de "bonne feuille", Nabe décide de lâcher l' "Avertissement" du début du livre  imprimé et collé comme un de ses tracts sur les murs de Paris sous le titre Avertissement. Le 10 janvier, Nabe, traité de "cerveau malade" par Patrick Cohen quelques mois auparavant, passe alors en invité spécial à la fin d'une émission de Frédéric Taddeï Ce soir ou jamais! consacré à Dieudonné... Pendant à peine 7 minutes, il brosse une première analyse du véritable danger que représentent Dieudonné et Soral et qui est la propagation du complotisme parmi les esprits faibles, et qui est beaucoup plus dangereuse que le banal antisémitisme. Voué aux gémonies dès son départ du plateau par Emilie Frèche et Alain Jakubowiz, Nabe est très vite accusé de "traîtrise" par une "dissidence" (dont il n'a jamais fait partie pour ces mêmes raisons) qui ne supporte pas qu'on touche à leurs gourous. L'affaire fait grand bruit, et dans toutes les sphères, car Taddeï  lui-même manque perdre sa place pour avoir invité Nabe sans avoir précisé que Nabe est le parrain de son fils Diego (ce qui n'est évidemment pas la raison de l'admiration que Taddei porte à Nabe depuis plus de vingt-cinq ans). 

Nabe continue de travailler sur son gigantesque livre sur le conspirationnisme. Lassé de s'entendre répondre " Patience... Patience..." à tous ceux qui lui demandent une date de sortie, l'auteur a l'idée de lancer un "magazine" (hors du circuit de la presse, bien sûr) qui s'appellerait Patience. La montée de L' Etat Islamique, pendant l'automne 2014, passionne Nabe et il compose pour le premier numéro de Patience, un texte de 80 pages très documenté, et avec de nombreuses photos "trash" mais sans montage (sauf la couverture), dans l'objectif de rénover le "livre illustré" et le rapport du texte à l'image, et aussi de donner du sens au passage de documents internet sur support papier...

L'anniversaire des quarante ans de sa participation (en 1974) à Hara Kiri en tant que dessinateur, et la proximité de son magazine avec celui du professeur Choron, le pousse à organiser une exposition de ses dessins d'humour produits dans sa jeunesse. Dans une galerie de la rue Daru (à Paris, 8 e), devant la Cathédrale orthodoxe, et louée à cet effet, Nabe expose 60 dessins. Le jour du vernissage correspond  à celui de la sortie en surprise totale de Patience (3 décembre) tiré à 2000 exemplaires. Le texte s'intitule Un Etat de grâce et la couverture, liée à la raison d'être du magazine, fait sensation : Nabe en bourreau de Daech (non cagoulé) sur le point de décapiter Dieudonné à genoux dans la tenue orange des otages avec, en lunette, Soral promis au même sort...  

L'exposition, qui n'a pas eu le succès escompté, à cause du désintérêt du public pour l'aventure Hara Kiri Charlie-Hebdo des années 70, était programmée pour se terminer le... 7 janvier 2015 ! Le matin même, les attentats au siège parisien du nouveau Charlie Hebdo, où Wolinski et Cabu ont trouvé la mort, relancent mondialement le sujet "Charlie". Le soir du décrochage (7 janvier donc), Nabe reçoit ses amis et décide de faire un deuxième numéro de Patience consacré aux événements dans lesquels il voit une conjonction étonnante entre la punition que méritait, selon lui, l'équipe qui avait trahi et lâché le Professeur Choron en 1992, et les actes terroristes des  djihadistes qui voulaient punir Charlie Hebdo pour avoir insulté, sous l'influence de Philippe Val puis de Charb, et pendant plus de vingt ans, le Prophète Mahomet...

Après six mois d'enquêtes et d'écriture, interrompus par une opération suite à un décollement très grave de la rétine de l'œil gauche (celui déjà abîmé par le coup de poing de Georges-Marc Benamou trente ans auparavant à Apostrophes ), Nabe sort Patience 2, le 20 août 2015. Cette fois le "magazine", qui comprend 640 000 signes (l'équivalent d'un livre de 300 pages), et qui n'a été imprimé qu'à 900 exemplaires est encore plus soigné et copieux : les images (la plupart inconnues), aussi bien tirées de caméras de surveillance que d'émissions de télé par captures d'écran, cohabitent entre les pages de texte avec des gravures, dessins, archives, photomontages et autres fac similés... 
Ce Patience, qui analyse le Charlie de l'époque Val et Charb, les attentats, mais aussi le phénomène de consensus dictatorial et le racisme de ses moutons tous " Charlie", s'intitule cette fois La Vengeance de Choron et affiche en couverture un photomontage impressionnant qui dit tout : Adolf Hitler arborant un écriteau " Je suis Charlie "... Cette trouvaille est une manifestation supplémentaire du parcours intellectuel, politique et esthétique  d'un artiste cohérent jusqu'au vertige.

Le jour de la sortie, Nabe organise un petit pot rue des Trois-Portes, devant la porte même où il avait frappé en 1974, et invite les derniers acteurs et témoins survivants de l'aventure Hara Kiri et quelques amis à qui il offre des exemplaires de Patience. Le moment est filmé par Charles Branco et diffusé sur Youtube. En une semaine, la moitié du tirage de Patience 2 est écoulée, sans aucune publicité ni relai médiatique d'aucune sorte. 

 

L'équipe de marcedouarnabe.com

 

Livres de M.-É. Nabe :

 
Au régal des vermines, 1985 © Marc-Édouard Nabe
Zigzags, 1986 © Marc-Édouard Nabe
Chacun mes goûts, 1986 Le Dilettante
L'Âme de Billie Holiday, 1986 © Marc-Édouard Nabe
Le Bonheur, 1988 © Marc-Édouard Nabe
La Marseillaise, 1989 Le Dilettante
Nabe's Dream, 1991 © Marc-Édouard Nabe
Rideau, 1992 © Marc-Édouard Nabe
L'Âge du Christ, 1992 © Marc-Édouard Nabe
Petits Riens sur presque tout, 1992 © Marc-Édouard Nabe
Visage de Turc en pleurs, 1992 © Marc-Édouard Nabe
Tohu-Bohu, 1993 © Marc-Édouard Nabe
Nuage, 1993 Le Dilettante
Lucette, 1995 © Marc-Édouard Nabe
Inch'Allah, 1996 © Marc-Édouard Nabe
Je suis mort, 1998 © Marc-Édouard Nabe
Oui, 1998 © Marc-Édouard Nabe
Non, 1998 © Marc-Édouard Nabe
Loin des fleurs, 1998 Le Dilettante
K.-O. et autres contes, 1999 © Marc-Édouard Nabe
Coups d'épée dans l'eau, 1999 © Marc-Édouard Nabe
Kamikaze, 2000 © Marc-Édouard Nabe
Une lueur d'espoir, 2001 © Marc-Édouard Nabe
Alain Zannini, 2002 © Marc-Édouard Nabe
Printemps de feu, 2003 © Marc-Édouard Nabe
J'enfonce le clou, 2004 © Marc-Édouard Nabe
Le Vingt-Septième Livre, 2009 Le Dilettante
L'Homme qui arrêta d'écrire, 2010 © Marc-Édouard Nabe
L'Enculé, 2011 © Marc-Édouard Nabe
 

Sur Nabe :

 
L'affaire Zannini, 2003 © Marc-Édouard Nabe
Morceaux Choisis, 2006 Léo Scheer